Barroso et la compétivité

 

Le docteur Barroso est venu nous livrer: son diagnostic, ses prescriptions.

Bien qu'il ait utilisé quelques bons mots et quelques formules chocs, son propos ne nous a pas fait rire, mais alors pas du tout.

Ce que l'on retiendra de son intervention peut se résumer dans cette formule ironique: "dites moi ce dont vous avez besoin et je vous expliquerais comment vous en passer".

Comment espérer sortir de la maladie, avec un traitement inapproprié?

En effet si les médicaments peuvent guérir, ils peuvent aussi aggraver le mal dès lors qu'ils sont utilisés à mauvais escient.

La question de la pertinence du diagnostic est alors posée.

Le Docteur Barroso part du postulat que l'Europe souffre d'un manque de compétitivité, du fait que de nombreux pays ont vécu au dessus de leurs moyens ces dernières années, que nous ne sommes pas allés au bout du marché unique, d'un manque de cohérence dans la prise de décision...

Et de nous proposer dès lors: de renforcer l'application des critères de Maastricht, d'appliquer des cures d'austérité drastiques, de mettre en place au nom de la solidarité une taxe sur les flux financier, de renforcer la compétitivité, de transcrire au plus vite dans les lois nationales la directive service (ex Bolkestein)....

En langage courant cela signifie: moins de services publics, plus de mise en concurrence des salariés européens entre eux, faire davantage pression encore sur les salaires, augmenter le temps de travail et sa durée. Bien sûr, la taxe sur les flux financier peut apparaitre intéressante. A condition d'être dosée à la hauteur du besoin! Or, pour le cas présent cela pourrait donner l'image d'une barque européenne au milieu du courant, prenant l'eau et que le capitaine (Barroso) voudrait nous voir écoper à l'aide d'une petite cuillère.

Pour sauver le malade, il importe au plus vite de revoir le diagnostic initial et de prendre un autre postulat que celui évoqué jusqu'a maintenant.

Et si toutes les mesures qui ont été prises jusqu'a aujourd'hui n'avait contribué qu'a rendre le patient plus souffrant encore, plutôt que de le guérir?

Des décennies de destruction d'emplois industriels au nom de la compétitivité, des dizaines d'années de blocage des salaires des prestations sociales et des retraites au nom de la compétitivité, des dizaines d'années de recul des services public pour alléger la charge au nom de la compétitivité, des décennies de libertés absolues pour les banques et les organismes financiers au nom de la compétitivité....

Pourtant rien n'y a fait: le chômage atteint des taux records, les salariés n'arrivent plus à joindre les deux bouts et plus de la moitié d'entre eux perçoit moins de 1550 euros par mois, la dégradation des conditions de soins, d'éducation, d'accès à la justice se sont particulièrement dégradées...

S'il fallait ajouter un élément à ce propos, je dirai que pendant ce temps les salariés français se sont hissés sur le podium des ouvriers les plus productifs au monde.

C'est cela la réalité!

Au plus vite il importe de changer le traitement, faute de quoi le malade pourrait se retrouver au plus mal. Relance de la consommation par l'augmentation des salaires, des retraites, des prestations sociales

Taxes aux frontières pour les produits: en provenance de pays ne respectant les règles de l'organisation internationale du travail, fabriqués en dehors de tout respect de l'environnement, produits par des salariés surexploités...

Plan dynamique de ré industrialisation au plus près des besoins de consommation,

Contrat de garantie entre les grands donneurs d'ordres et les sous traitants

Relance de grands travaux publics utiles à la société: aménagement portuaire, lignes TGV...

Interdiction de tous licenciements boursiers

Ces propositions tranchent radicalement avec celle du docteur Barroso qui n'a pas hésité à sortir de son chapeau une dernière extravagance (soyons fou): des stages en entreprises pour les jeunes subventionnés par l'Europe.

C'est lui, Barroso qu'on devrait envoyer en stage de requalification.